Laurent Jolliet, dernier chaîniste de Suisse: les mille et une mailles qui relient le temps
Au coeur de l’atelier, les chaînes prennent vie : Laurent Jolliet, l’ultime chaîniste, ajuste la tradition au millimètre près.
PERFORMANCE
La création d’une chaîne exige une patience rigoureuse, une précision extrême et une constance sans faille. Mais elle requiert aussi une excellente dextérité manuelle, un sens aigu du détail et une parfaite coordination œil-main. La minutie, la concentration prolongée et la capacité à anticiper les contraintes mécaniques sont essentielles. Le chaîniste doit également faire preuve d’endurance, de persévérance et d’une grande sensibilité au toucher des matériaux. Enfin, un esprit méthodique, une curiosité technique et un goût affirmé pour le travail bien fait complètent les qualités indispensables à cet art de la perfection.
BIOGRAPHIE
- Il a repris l’atelier de Michel Hess en 2005
- A appris le métier de chaîniste chez Gay-Frères à Genève
- 1999, bijoutier de la chaîne CFC, École des arts décoratifs, Genève
Editor’s FSH
À Genève, dans le quartier du Lignon, Laurent Jolliet perpétue un art devenu rare : la fabrication traditionnelle de chaînes et de bracelets sous toutes leurs formes. Maître artisan d’exception, il conçoit aussi bien des modèles intemporels que des pièces sur mesure, où l’imagination demeure la seule limite. Son savoir-faire d’une précision remarquable attire également les grandes maisons d’horlogerie et de joaillerie, qui font appel à lui pour des restaurations délicates, ainsi que les maisons de ventes aux enchères pour la remise en état de pièces d’exception.
Le rythme de la maille
Laurent Jolliet travaille à contre-courant du temps, là où le métal devient rythme et la patience, matière première. Chaîniste l’un des derniers en Suisse , il façonne des bracelets anneau par anneau, sans autre garantie que la justesse de sa main. Feu discret, gabarits polis par l’usage, lime exigeante : la chaîne naît d’un fil tiré, calibré, revenu. Chaque maille est ouverte, formée, soudée, contrôlée, puis réajustée pour que la souplesse l’emporte sur la rigidité et que le poignet oublie le poids du métal.
Une signature au poignet
Ici se joue sa signature : une équation entre confort, tenue et durée que la machine ne sait pas résoudre. La régularité du pas, l’alignement des axes, la tension maîtrisée donnent à la chaîne sa cadence. Le fermoir disparaît, la maille respire, le geste demeure.
L’intelligence de la matière
Formé à l’atelier, Jolliet écoute la matière : l’or qui se détend, l’acier qui résiste, le titane qui réclame une chaleur plus fine. Il adapte soudure, pression et ordre des opérations. Pour lui, la perfection n’est pas froide : elle doit vibrer sans faillir, couler sans accrocher, vivre sans s’affaisser.
Défi contemporain
En 2025, sa contribution à un bracelet pour Universal a rappelé qu’un métier rarissime peut encore redéfinir un standard : tolérances resserrées, fermoir quasi invisible, finitions tenues au geste. Entre cahier des charges précis et contraintes de production, il impose au métal une politesse qui se perçoit dès la première mise au poignet.
Grammaire de la maille
Passeur autant qu’artisan, il transmet trois lois simples : régularité du pas, maîtrise de la chaleur, contrôle final au poignet l’unique juge. L’œil lit des dixièmes, l’oreille reconnaît la bonne sonorité, la main tranche.
Tenir la tradition, ouvrir l’avenir
À l’heure des chaînes industrielles, Laurent Jolliet défend une évidence : la qualité commence par une intention et s’achève par un toucher. Maille après maille, il relie tradition et usage, pour que le temps s’attache au poignet avec justesse et qu’un savoir-faire continue d’exister, pleinement.
Laurent Jolliet recommande
LE NOUVEAU LIVRE Audemars Piguet, le Brassus édition Flammarion
