Les mille et une mailles qui relient le temps
Au coeur de l’atelier, les chaînes prennent vie : Laurent Jolliet, l’ultime chaîniste, ajuste la tradition au millimètre près.
BIOGRAPHIE
- En 1995, il se forme au métier de chaîniste chez Gay-Frères à Genève.
- Entre 1998 et 1999, il obtient son CFC Rolex de bijoutier-chaîniste, et achève son apprentissage chez Gilbert Albert.
- En 2005, il reprend l’atelier de Michel Hess ou il œuvre toujours.
- Pendant 13 ans, il a travaillé avec son acolyte, Jean-Pierre Hagmann, artisan boîtier à qui nous rendons hommage.
PERFORMANCE
Le chaîniste conjugue endurance, persévérance et une sensibilité tactile aiguë, indispensables à la maîtrise des matériaux. Sa pratique repose sur une méthode rigoureuse, une curiosité technique constante et une exigence absolue du travail bien fait. De la découpe des mailles à leur articulation, de l’alignement aux soudures, chaque geste exige une main sûre et une précision extrême. Rien n’est laissé au hasard : la qualité du résultat dépend d’une concentration totale, d’une minutie soutenue et d’un sens du détail qui ne tolère aucun compromis.
Editor’s FSH
Le métier de chaîniste : une discipline du corps et de l’esprit
Dans cet atelier genevois à l’écart du tumulte, l’artisan d’exception veille sur la transmission des
savoir-faire. Laurent Jolliet y prolonge des gestes précis et mesurés, hérités d’une longue tradition
artisanale, soutenus par des outils ancestraux dont l’usage traverse les siècles sans altération.
Chaque mouvement inscrit le présent dans une continuité vivante, où la matière conserve la mémoire
de la main qui la façonne.
« Devenu une référence horlogère par la maîtrise d’un art en voie de disparition, Laurent Jolliet
compte aujourd’hui parmi les tout derniers chaînistes de Suisse ».
Chaque chaîne est réalisé à partir de la matière brute, comme le platine, l’or ou l’argent. Le fil est tiré,
ajusté et recuit avant d’être formé en mailles ou en spires selon la construction retenue. L’assemblage
s’effectue maille après maille. La moindre variation affecte la souplesse finale et la fiabilité de
l’ensemble. Les deux brins sont strictement appariés, pressés, calibrés puis progressivement
assouplis jusqu’à atteindre leur courbure naturelle. L’ajustement final à la boîte requiert des outillages
dédiés, parfois développés spécifiquement pour une pièce unique. Les heures s’enchainent et ne se
ressemblent pas, il faut près de 90 heures de travail pour la réalisation d’un bracelet fait entièrement à
la main.



Le bracelet de montre est conçu comme une composante intrinsèque de l’objet horloger. Il dépasse
largement sa fonction de simple lien pour devenir un facteur déterminant de l’équilibre mécanique, du
confort au porter et de la pérennité de la montre. Cette vision s’inscrit dans une tradition artisanale
d’une grande exigence, mise en œuvre avec une rigueur pleinement alignée sur les standards actuels
de la haute horlogerie.
Il faut retenir que dans l’élaboration d’un bracelet, chaque pièce participe à l’équilibre global de
l’œuvre. La maille en est l’évidence, mais le fermoir joue un rôle tout aussi déterminant : il influence la
tenue, la résistance et la dynamique mécanique de la chaîne. Chez Laurent Jolliet, rien n’est pensé
séparément. « Chaque élément s’inscrit dans une continuité formelle rigoureuse, fondée sur la
précision géométrique, l’alignement juste et le contrôle des contraintes ».
Des œuvres contemporaines
En 2025, la collaboration avec Universal Genève a démontré qu’un savoir-faire rarissime peut encore
infléchir les standards contemporains. Pour la Polerouter destinée aux enchères, boîtier en or gris,
cadran bleu SAS et bracelet a été entièrement façonné à la main dialoguent dans un langage
cohérent, à la croisée du patrimoine et de l’exigence moderne.

En 2022, avec Parmigiani Fleurier collection. Cette création associe les codes de la haute horlogerie
aux métiers d’art dans une approche formelle et patrimoniale. Inspirée du motif de la Rose Carrée, la
chaîne à maillons carrés accompagne l’identité esthétique de la pièce. Entièrement réalisée à la main
par Laurent Jolliet, la chaîne témoigne d’un savoir-faire horloger spécialisé, fondé sur la maîtrise du
geste et la rigueur de l’exécution. La couronne, sertie d’un saphir bleu et protégée par un anneau
carré gravé et émaillé grand feu bleu, s’inscrit dans la continuité formelle de l’ensemble.

Photo ©Parmigiani
Ce savoir-faire, historiquement lié aux besoins de l’industrie horlogère suisse, est
aujourd’hui devenu rare. Il témoigne d’une culture du geste dans laquelle la qualité résulte d’une
intention maîtrisée et d’une exécution constante. Une discipline artisanale qui continue de relier l’objet
Laurent Jolliet recommande
LA MONTRE HISTOIRES ET SAVOIR-FAIRE
Ouvrage de Audemars Piguet, le Brassus
Édition Flammarion
Quelques pages ont été dédiée à Laurent Jolliet



