Rencontre avec Enola Nussbaumer
Bijoutière-joaillière indépendante - La Vallée de Joux
Editor’s FSH
Une vocation façonnée par la précision
Quel a été votre parcours de formation en bijouterie ?
J’ai suivi un CFC de bijoutière-joaillière de quatre ans à l’ETVJ. Cette formation m’a permis d’acquérir les bases essentielles du métier et d’entrer très tôt dans un univers où la précision et la rigueur sont omniprésentes.
Qu’est-ce qui vous a attirée dans cette voie plutôt qu’une autre discipline artistique ou artisanale ?
Ce qui m’a immédiatement séduite, c’est l’exigence technique du métier. La bijouterie demande une grande précision, mais elle offre aussi la beauté du travail des métaux nobles et des pierres précieuses.
C’est également une profession profondément humaine : la relation avec le client est essentielle, et chaque création raconte une histoire.
Enfin, c’est un métier ancestral qui traverse le temps tout en sachant évoluer avec son époque, notamment grâce aux nouvelles technologies comme la modélisation 3D.
Y a-t-il un atelier ou une rencontre qui a marqué votre apprentissage ?
Oui, sans hésiter : l’atelier Lausanne Galerie, dirigé par Edouard Jud et son épouse à Lausanne. Leur exigence et leur vision du métier ont été déterminantes dans mon parcours.
Quelles compétences techniques fondamentales avez-vous acquises durant votre formation ?
La formation transmet avant tout les bases indispensables : le traçage, le sciage, le limage, l’ajustage et les brasures. Ces gestes sont la grammaire du métier. Sans leur maîtrise, aucune création de qualité n’est possible.
Selon vous, que devrait transmettre une formation en bijouterie aujourd’hui ?
Les savoir-faire constituent l’âme du métier. Les technologies modernes ont évidemment leur place, mais elles ne doivent pas remplacer la connaissance profonde des gestes et des matériaux.
Une bonne formation doit également offrir une solide culture : l’histoire de la joaillerie mondiale, la connaissance des métaux précieux, des pierres et des tendances contemporaines.
Le quotidien d’une artisane
Comment décririez-vous votre pratique quotidienne du métier ?
Mes journées sont extrêmement variées. En tant qu’indépendante, je ne suis pas seulement bijoutière : je suis aussi entrepreneuse.
Je m’occupe des devis, de la gestion administrative, des relations avec les fournisseurs, de la recherche d’outils ou de mobilier d’atelier, de la communication, des réseaux sociaux et des rendez-vous clients.
La fabrication des bijoux reste le cœur du métier, mais elle n’occupe pas toujours la majorité du temps.
Comment naît une création, de l’idée au bijou final ?
Tout commence généralement par une discussion avec un client, ou parfois par une inspiration personnelle.
Vient ensuite une phase de réflexion : croquis éventuels, calcul de la matière nécessaire, étude des contraintes techniques et réflexion sur l’usage du bijou. Est-il destiné à être porté quotidiennement ou pour une occasion particulière ?
La fabrication à l’établi commence ensuite.
Une fois le bijou terminé, j’aime documenter la création avec des photographies, à la fois pour en garder une trace et pour nourrir mon univers visuel.
Comment maintenez-vous votre niveau d’exigence au fil du temps ?
Je vois une carrière comme un marathon plutôt qu’un sprint. L’excellence se construit dans la durée, par la répétition des gestes et l’expérience accumulée.
Avec le temps, les mouvements deviennent instinctifs, mais la vigilance reste permanente. Et transmettre ce savoir aux autres est aussi une manière de continuer à progresser.
Y a-t-il un geste que vous aimez particulièrement exercer ?
J’apprécie énormément l’ajustage des pièces. C’est un travail d’une grande précision qui demande autant de rigueur que de sensibilité.
La brasure en est un bon exemple : tout se joue dans la finesse du geste, la connaissance du métal et le ressenti au bout de la flamme.
L’aventure de l’indépendance
Qu’est-ce qui vous a poussée à vous lancer à votre compte ?
L’indépendance fait partie de mon histoire. J’ai grandi dans une famille d’entrepreneurs, et cette idée a toujours été présente.
Je me suis lancée à l’âge de vingt ans. Six ans plus tard, je ne regrette absolument pas ce choix.
Quels ont été les principaux défis au début ?
Se faire une place et construire un réseau, surtout lorsqu’on est une jeune femme entrepreneure.
Comment conciliez-vous création artistique et gestion d’entreprise ?
Pour moi, ces deux dimensions sont indissociables. Aimer créer ne suffit pas : il faut aussi aimer gérer.
Une entreprise évolue constamment. Il faut savoir adapter sa gestion, revoir ses méthodes et accompagner la croissance avec lucidité.
De quoi êtes-vous la plus fière aujourd’hui ?
D’avoir démontré que, avec beaucoup de travail et de détermination, il est possible de réussir tout en restant fidèle à ses valeurs.
Qu’avez-vous découvert sur vous-même en devenant entrepreneuse ?
J’ai appris à reconnaître mes capacités, à la fois dans mon métier et dans la gestion de mon entreprise. On nous apprend souvent à gérer l’échec, mais rarement à apprivoiser la réussite.
Un univers créatif précis et structuré
Comment définiriez-vous l’esthétique de vos bijoux ?
Mes créations sont fines, précises et rigoureuses.
Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
La nature est une source constante d’inspiration. Le sport joue également un rôle important : il m’aide à clarifier mes idées et nourrit ma créativité.
Les couleurs du quotidien, que l’on retrouve notamment dans les pierres, m’inspirent également beaucoup.
Y a-t-il des formes ou des thèmes récurrents dans votre travail ?
Je suis naturellement attirée par les formes structurées et équilibrées. Les lignes trop chaotiques ou asymétriques m’attirent moins.
Je pense que mes bijoux reflètent en partie mon caractère : précis et structuré.
Existe-t-il une création qui symbolise particulièrement votre identité artistique ?
Je ne dirais pas que j’ai une signature artistique très marquée. Mon objectif est avant tout de m’adapter au client. Lorsque je crée pour moi-même, je privilégie les formes nettes et parfaitement abouties. La dimension technique reste toujours primordiale.

Le talent au service du détail
Selon vous, quel est votre plus grand talent dans ce métier ?
La capacité à réunir toutes les dimensions du métier technique, écoute, conception et réalisation pour créer le bijou le plus juste possible.
Quelle qualité vos clients reconnaissent-ils le plus souvent chez vous ?
Ma rigueur et ma loyauté.
La relation au client et la création
Quelles sont vos spécialités ?
J’aime particulièrement réaliser les bagues de fiançailles et les alliances, souvent en or ou en platine avec de belles pierres.
Ce sont des bijoux chargés d’émotion, associés à des moments de vie uniques.
3 photos verticales de bagues + 1 photo horizontale
Quel type de projet vous enthousiasme le plus ?
Les créations sur mesure et les transformations. J’aime beaucoup redonner vie à d’anciens bijoux. Transformer l’existant pour créer quelque chose de nouveau est extrêmement satisfaisant.
Quelle importance accordez-vous à l’écoute dans la création d’un bijou sur mesure ?
Elle est essentielle. La création est un dialogue.
Parfois, il peut y avoir des divergences ou des hésitations, mais la communication permet toujours de trouver une solution.
Un souvenir de client qui vous a particulièrement marquée ?
Une cliente d’une cinquantaine d’années, récemment veuve, est venue me voir pour transformer ses alliances.
Nous avons traversé ensemble un processus à la fois humain et créatif. Lors de la livraison du bijou, entourée de ses amies, elle a retrouvé un sourire et un regard lumineux.
C’est un moment que je n’oublierai jamais.
Les exigences du métier
Quelles qualités sont indispensables pour devenir bijoutière ?
Il faut une grande capacité d’écoute, un esprit logique, une excellente dextérité manuelle et un sens aigu du détail. Il faut aussi être exigeant avec soi-même, perfectionniste et capable de travailler avec efficacité.
Quelle place occupent la patience et la rigueur dans votre quotidien ?
Une place absolue. On pourrait dire : 120 %.
Regard vers l’avenir professionnel
Que diriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans la bijouterie ?
C’est un excellent choix, à condition d’être prêt à travailler dur et à s’investir pleinement.
Les écoles suffisent-elles pour apprendre ce métier ?
Elles offrent une base solide, mais la réalité de l’atelier est très différente.
L’expérience et l’engagement personnel restent essentiels.
Comment aimeriez-vous transmettre votre savoir-faire à l’avenir ?
J’aimerais partager davantage mon expérience, notamment à travers les réseaux sociaux, mais aussi intervenir dans les écoles professionnelles pour parler de mon parcours et du métier de bijoutière indépendante.
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LA MONTRE HISTOIRES ET SAVOIR-FAIRE
Ouvrage de Audemars Piguet, le Brassus
Édition Flammarion
Quelques pages ont été dédiée à Laurent Jolliet



